RustDesk face à TeamViewer : plus de contrôle, mais aussi plus de maintenance

Le bureau à distance devient vite un angle mort. On installe un outil pour dépanner un poste, puis il finit par transporter des fichiers, des identifiants et parfois l’accès à tout un parc informatique. RustDesk mérite donc mieux qu’un test de cinq minutes. Ce logiciel open source permet de prendre la main à distance tout en laissant le choix entre l’infrastructure publique du projet et ses propres serveurs.

RustDesk, pour qui et pour quels usages ?

RustDesk est un logiciel de bureau à distance écrit en Rust et distribué sous licence AGPL-3.0-or-later. Il sert à assister un collègue, dépanner un client, administrer un serveur ou accéder à son ordinateur depuis un autre appareil. Son positionnement est clair : proposer une alternative libre aux plateformes propriétaires comme TeamViewer ou AnyDesk.

Schéma du fonctionnement de RustDesk avec serveur rendez-vous, connexion directe et serveur relais
Schéma du fonctionnement de RustDesk avec serveur rendez-vous, connexion directe et serveur relais

Je le regarderais en priorité dans trois situations : une PME qui veut réduire sa dépendance à un abonnement SaaS, un technicien qui gère des postes Windows et Linux, ou une équipe informatique soumise à des exigences de confidentialité. Le dépôt GitHub dépasse 113K+ étoiles et figure, selon le site du projet, parmi les 100 projets open source les plus populaires. Cela montre une communauté visible, pas un niveau de support équivalent à celui d’un grand éditeur.

Un client pour les environnements hétérogènes

Le client existe pour Windows, macOS, Linux, Android et iOS. Un accès via navigateur est également évoqué dans l’écosystème du produit. Cette couverture évite de multiplier les outils lorsqu’un parc mélange ordinateurs de bureau, portables et mobiles. Les fonctions attendues sont disponibles : prise en main à distance, transfert de fichiers, copier-coller, chat et tunnel TCP pour certains besoins d’administration.

Les permissions du système demandent toutefois de l’attention. Sur macOS, il faut autoriser l’accessibilité et l’enregistrement de l’écran. Sous Linux, l’environnement graphique et les droits de session entrent en jeu. Sur mobile, les possibilités de contrôle varient. Installer l’application ne donne donc pas automatiquement accès aux mêmes fonctions sur chaque terminal.

Ce qui se passe réellement pendant une connexion

RustDesk ne relie pas deux machines par magie, même si les démonstrations commerciales aiment le laisser croire. Le client distant s’annonce auprès d’un serveur rendez-vous. Celui-ci aide les deux extrémités à se trouver. Si le réseau l’autorise, une connexion directe peut ensuite s’établir. Sinon, le trafic passe par un serveur relais.

Le point important ressemble à un joint dans une installation de plomberie. Ce n’est pas l’élément le plus spectaculaire, mais c’est là qu’une fuite peut transformer un système sain en problème coûteux. Le serveur rendez-vous et le relais jouent ce rôle de jonction réseau. Les héberger soi-même ne rend pas une session invulnérable. Cela permet surtout de décider où passe le trafic, qui administre les journaux, quelles règles de pare-feu s’appliquent et quand les mises à jour sont effectuées.

Chiffrement et contrôle : deux sujets distincts

RustDesk met en avant un chiffrement de bout en bout basé sur NaCl. C’est une base utile pour protéger les échanges. La sécurité opérationnelle dépend aussi de la distribution des identifiants, du contrôle des accès non surveillés, de la révocation des droits et de la mise à jour des clients. Un outil chiffré avec des mots de passe partagés dans une boîte mail reste une mauvaise pratique.

Pour un usage interne, je recommande de commencer par un petit périmètre : deux postes, un compte administrateur dédié, des accès explicitement autorisés et une procédure de retrait. C’est le test que je privilégie sur le terrain. Il permet de mesurer la stabilité réseau et la qualité d’image avant de connecter les postes les plus sensibles.

Installer RustDesk sans transformer un essai en chantier

Pour démarrer, téléchargez le client depuis le site officiel de RustDesk ou consultez le dépôt GitHub pour les binaires et le code source. Installez la version correspondant au système, lancez l’application et relevez l’identifiant affiché sur le poste à assister. L’opérateur saisit cet identifiant, puis l’utilisateur distant accepte la session ou communique le mot de passe configuré.

  1. Installez le client sur un poste pilote et vérifiez les autorisations liées à l’écran, au clavier et à la souris.
  2. Testez une session sur un réseau interne, puis depuis une connexion extérieure.
  3. Essayez le transfert d’un fichier non sensible et le copier-coller.
  4. Documentez la procédure de support : qui peut se connecter, à quelles machines et dans quelles plages horaires.
  5. Ne déployez un serveur privé qu’après avoir validé le besoin de souveraineté et la capacité de maintenance.

La compilation depuis le code ou un build Docker s’adresse à un autre public. Le projet cite notamment Rust, un environnement de compilation C++, vcpkg et des bibliothèques comme libvpx, libyuv, Opus et AOM. Docker peut faciliter l’emballage, mais il ne remplace pas l’exploitation. Le réseau, les sauvegardes, le pare-feu, la supervision et les mises à jour restent à votre charge.

RustDesk face à TeamViewer et AnyDesk : le bon arbitrage

Critère RustDesk TeamViewer ou AnyDesk
Code et licence Open source, AGPL-3.0-or-later Solutions propriétaires
Infrastructure Serveurs publics ou auto-hébergement Infrastructure de l’éditeur
Maîtrise des données Élevée avec une infrastructure correctement administrée Dépend des règles et services de l’éditeur
Support et maturité Communauté, documentation, autonomie requise Support commercial généralement plus structuré

Le coût de licence ne doit pas décider seul. Une enquête menée auprès de 1 000 utilisateurs indique 37 % d’usages auto-hébergés pour le support informatique et 25 % pour l’administration informatique. Ces chiffres vont dans le même sens que mes observations : l’auto-hébergement intéresse surtout les organisations qui disposent déjà de compétences système. À l’inverse, une petite équipe sans administrateur disponible peut payer moins cher un SaaS que les heures consacrées au dépannage de son propre relais.

RustDesk est un choix solide si vous acceptez cette responsabilité. Commencez par le client standard et vérifiez ses limites : support moins direct, bugs possibles et qualité vidéo variable. N’auto-hébergez ensuite que si le contrôle de l’infrastructure justifie réellement l’effort. C’est le point à trancher avant le déploiement, pas après la première panne.