Windows 10 a atteint sa fin de support standard en octobre 2025. Concrètement, ça veut dire que Microsoft ne publie plus de correctifs de sécurité gratuits pour ce système. Un PC sous Windows 10 non protégé aujourd’hui est une porte ouverte : chaque faille découverte après cette date reste ouverte, indéfiniment, sur cette machine. Ce n’est pas une opinion, c’est la définition même de la fin de support. Microsoft propose un filet de rattrapage payant, l’ESU — Extended Security Updates, ou « mises à jour de sécurité étendues ». Je garde l’acronyme anglais ici parce que c’est le terme que vous verrez sur toutes les factures, toutes les consoles d’administration et tous les articles Microsoft ; le franciser créerait plus de confusion qu’autre chose au moment de chercher la bonne option dans vos paramètres.
Ce que couvre vraiment l’ESU (et ce qu’il ne couvre pas)
L’ESU, pour une entreprise, ce n’est pas un abonnement magique qui prolonge Windows 10 comme si de rien n’était. C’est un programme qui livre uniquement les correctifs de sécurité critiques et importants, machine par machine, pendant un an supplémentaire — renouvelable jusqu’à trois ans pour les entreprises, contre un an seulement pour les particuliers. Pas de nouvelles fonctionnalités, pas de support technique classique, pas de correctifs de bugs non liés à la sécurité. C’est un sursis, pas une prolongation de vie.
Le prix grimpe chaque année : environ 61 dollars par poste la première année pour les entreprises, puis le tarif double l’année suivante, puis double encore la troisième. Sur trois ans, vous payez pour une seule machine l’équivalent de ce qu’aurait coûté une bonne partie d’un PC neuf. Attention à ce point précis : beaucoup de dirigeants budgètent l’année 1 et découvrent l’année 3 que la facture a été multipliée par quatre sur la durée du programme. J’ai vu un cabinet comptable de douze postes signer sans lire le barème complet ; ils ont fini par migrer en urgence en année 2 parce que le calcul sur trois ans dépassait largement le coût d’un renouvellement matériel.
Le vrai dilemme : payer, migrer, ou risquer
Il y a trois chemins, et les consultants qui vous vendent l’un d’eux sans mentionner les deux autres ne travaillent pas pour vous, ils travaillent pour leur commission.
Premier chemin : payer l’ESU sur les postes qui ne peuvent pas passer à Windows 11 — parce que le processeur n’est pas compatible, parce que le TPM 2.0 manque, ou simplement parce que le budget de renouvellement n’est pas encore voté. C’est une solution de transition, pas une stratégie.
Deuxième chemin : migrer vers Windows 11, soit par mise à niveau logicielle sur le matériel compatible, soit par renouvellement du parc. Chez une agence de communication de Rennes que j’ai accompagnée en 2025, huit postes sur dix étaient éligibles à la mise à niveau gratuite ; les deux restants, trop anciens, ont été remplacés pour 1 800 euros au total. Coût final : 1 800 euros et trois semaines, congés compris pour former l’équipe aux quelques changements d’interface.
Troisième chemin : ne rien faire et espérer. Je ne le recommande à personne, mais je le vois encore, surtout chez les indépendants qui gèrent une seule machine de facturation. C’est un pari sur la chance, pas une décision de gestion des risques.
Un cas réel avec des chiffres, pas des estimations vagues
Prenons deux PME que j’ai suivies en parallèle ces derniers mois, toutes deux dans l’artisanat, toutes deux avec un parc de six à sept postes.
Chez la première, le dirigeant a choisi l’ESU par facilité, sans auditer son parc. Résultat : 6 postes x 61 dollars la première année, converti et arrondi avec la TVA, environ 400 euros. Raisonnable. Sauf qu’en creusant, quatre de ces six postes étaient parfaitement compatibles avec Windows 11 et n’avaient besoin que d’une mise à niveau gratuite. Il a payé pour un sursis dont il n’avait pas besoin sur les deux tiers de son parc. Coût réel du choix non éclairé : environ 270 euros de gaspillage la première année, et la facture qui va tripler ensuite s’il ne change rien.
Chez la seconde, on a fait l’inventaire avant de décider : outil PC Health Check de Microsoft sur chaque machine, quinze minutes par poste. Résultat : 5 postes migrables gratuitement, 2 à remplacer. Coût total : 950 euros de matériel neuf, étalé sur un mois, zéro euro d’abonnement ESU. Le calcul est sans appel : l’audit préalable, qui prend une demi-journée pour sept machines, a évité une dépense récurrente et croissante.
Est-ce que vous avez déjà fait l’inventaire de compatibilité de votre parc avant de choisir une option, ou est-ce que vous vous apprêtez à payer pour un problème qui ne concerne peut-être que la moitié de vos machines ?
Ce que les consultants ne disent pas toujours
La promesse marketing, c’est souvent « l’ESU vous protège, un point c’est tout, prenez l’option tranquillité ». La réalité du terrain, c’est que l’ESU protège contre les failles critiques, mais laisse un système vieillissant, sans nouvelles fonctionnalités, avec des logiciels tiers qui, eux, cessent progressivement leur propre compatibilité avec Windows 10. Votre antivirus, votre suite comptable, votre logiciel métier : chacun de ces éditeurs a son propre calendrier d’abandon, indépendant de celui de Microsoft. Payer l’ESU ne les oblige à rien.
Attention également à l’inscription au programme : pour les particuliers et certaines micro-structures, l’ESU nécessite un compte Microsoft actif et, selon la voie choisie, soit une synchronisation des paramètres via le cloud, soit un paiement unique, soit l’utilisation de points de récompense Microsoft. Pour une entreprise avec plusieurs postes, c’est le canal entreprise via un partenaire ou le Volume Licensing qui s’applique, avec facturation par appareil. Ne confondez pas les deux, j’ai vu un artisan tenter d’inscrire ses quatre postes professionnels via le canal grand public et se retrouver bloqué faute de la bonne licence.
Mon conseil, très concret : ne signez rien avant d’avoir fait tourner l’outil de vérification de compatibilité Windows 11 sur chaque poste de votre parc, un par un, cette semaine. Classez ensuite vos machines en trois colonnes — migrable gratuitement, à remplacer, à couvrir temporairement par ESU — et ne budgétez l’ESU que pour la troisième colonne, jamais par défaut pour l’ensemble du parc. Je sais que ce n’est pas ce qu’un revendeur pressé vous proposera en premier, mais c’est ce qui, chez les deux cents structures que j’ai accompagnées, a systématiquement fait la différence entre une dépense maîtrisée et une facture qui triple sans prévenir.